Afrique : Quels choix pour le futur énergétique?

Aujourd’hui, environ la moitié de la population de l’Afrique subsaharienne n’a pas accès à l’électricité. Ceux qui ont l’électricité paient en moyenne près de deux fois plus que les consommateurs ailleurs dans le monde. Les pénuries d’électricité coûtent au continent environ 2 à 4% du PIB par an.

Et les grands besoins en électricité ne feront qu’augmenter dans un avenir prévisible. Étant donné que la population de l’Afrique subsaharienne devrait passer de 1 milliard en 2018 à plus de 2 milliards en 2050, la demande d’électricité devrait augmenter de 3% par an. Cela tient compte d’une augmentation constante de l’accès à l’électricité ainsi que d’une plus grande efficacité énergétique.

Quel mix énergétique ?

Répondre à cette demande avec les sources d’énergie actuelles aurait de graves conséquences pour la santé et l’environnement. Le mix énergétique actuel en Afrique repose principalement sur la combustion de charbon, de pétrole et de biomasse traditionnelle (bois, charbon de bois, fumier sec). Cela reflète les ressources énergétiques du continent, mais aussi l’utilisation des technologies du passé. 

Bien que ce mix énergétique soit relativement bon marché, il est insuffisant pour répondre aux besoins actuels et les effets négatifs sur l’environnement restent sans réponse. Les sources d’énergie du continent devront changer, en particulier si les gouvernements africains visent à créer un environnement sain pour leurs citoyens et à respecter les limites d’émission de gaz à effet de serre fixées par l’accord de Paris de 2015.Trouver le bon mix énergétique

Heureusement, grâce aux avancées technologiques notables, l’Afrique n’a pas à dépendre de grandes quantités de combustibles fossiles, comme l’ont fait les économies avancées lorsqu’elles étaient au stade actuel de développement de l’Afrique. 

Il existe la possibilité de concevoir un mix énergétique, basé en grande partie sur des sources renouvelables, qui supporte à la fois une forte croissance et de faibles émissions. En plus d’assurer une approche écologiquement durable du développement, l’investissement dans les énergies renouvelables créera également de nouvelles opportunités d’emploi (FMI 2019).

Le bon mix énergétique permettra à l’Afrique de se développer rapidement tout en respectant les niveaux d’émissions requis par l’accord de Paris de 2015, dans lequel les gouvernements s’engagent à limiter le réchauffement climatique à 2 ° C au-dessus des niveaux préindustriels.

Pour éviter de dépendre à grande échelle de technologies non durables, l’Afrique devra évoluer vers un mix énergétique économiquement et écologiquement rationnel. Il faudra pour cela relever les défis financiers de l’installation de capacités d’énergie renouvelable tout en saisissant les opportunités offertes par la baisse des prix et le progrès technologique.

Coût en baisse

Les prix des énergies renouvelables ont considérablement baissé ces dernières années, notamment pour l’énergie solaire, dont le coût a baissé de 77% entre 2010 et 2018 selon l’Agence internationale des énergies renouvelables (cf. graphique 2). Bien que la biomasse, l’énergie géothermique et l’hydroélectricité coûtent le moins cher, ces sources ont un potentiel limité.

L’énergie géothermique et l’hydroélectricité peuvent atteindre une valeur plusieurs fois supérieure à la capacité de production actuelle. Le besoin énergétique dépasse cependant largement cette capacité. L’énergie géothermique peut être très efficace (comme nous l’avons vu au Kenya) mais n’est disponible que dans certains endroits. L’hydroélectricité nécessite un équilibre minutieux des objectifs environnementaux, sociaux et économiques.

Il est impossible d’exploiter tout le potentiel technique de l’hydroélectricité: elle nécessite l’inondation de vastes zones, ce qui menace les écosystèmes locaux et implique souvent la délocalisation de la population locale.

L’hydroélectricité est actuellement entravée par la sécheresse continue en Afrique australe, et la production d’énergie connexe a été sévèrement réduite en Zambie et au Zimbabwe en raison du niveau dangereusement bas des barrages.

Afrique : Quels choix pour le futur énergétique?

L’énergie solaire et éolienne, dont les prix sont désormais dans la même fourchette que ceux des combustibles fossiles, est plus prometteuse pour l’expansion à grande échelle de la production d’électricité renouvelable. De plus, les conditions de l’énergie solaire sont excellentes en Afrique, où le soleil est non seulement abondant mais aussi beaucoup plus fiable qu’ailleurs. Et les investissements dans les énergies renouvelables reprennent en fait en Afrique. 

L’Afrique du Sud, l’Ouganda et la Zambie ont organisé des enchères sur les énergies renouvelables qui ont atteint des prix compétitifs et attiré des investisseurs privés. 

L’Afrique du Sud possède déjà plusieurs centrales solaires d’une capacité de plus de 100 mégawatts. Le projet éolien du lac Turkana au Kenya est une autre réussite.

Malgré des exemples réussis dans de nombreux pays, l’énergie solaire et éolienne ne représentait que 3% de l’électricité produite en Afrique en 2018, contre 7% dans d’autres régions du monde. L’approvisionnement en électricité en Afrique est fortement dominé par les combustibles fossiles et, dans une moindre mesure, par l’hydroélectricité (79% et 16%, respectivement).

Le problème des énergies renouvelables a toujours été que leur approvisionnement fluctue, ce qui pose un défi pour la dépendance aux énergies renouvelables comme source d’énergie électrique. Les progrès technologiques dans la stabilisation de l’approvisionnement en électricité permettent désormais aux énergies renouvelables de constituer une part importante de l’approvisionnement énergétique. 

Ces avancées comprennent l’utilisation de l’hydroélectricité comme tampon pendant les périodes de pointe de la demande, la mise en commun de la production d’électricité de différentes régions géographiques via un réseau électrique bien connecté, l’ajustement de la demande en électricité pour l’approvisionnement et le stockage de l’énergie avec des batteries à flux et l’électrolyse à hydrogène. 

Actuellement, la part des énergies renouvelables variables dans la production totale d’énergie est si faible que la variabilité n’est pas encore une préoccupation majeure. À mesure que cette part augmente, ces options peuvent être déployées à un rythme raisonnable.

Surmonter les défis financiers

Le financement est désormais le plus gros défi. Les centrales à combustibles fossiles sont relativement bon marché à construire mais coûteuses à exploiter, car elles nécessitent des achats continus de combustible. 

En revanche, les sources renouvelables sont peu coûteuses à exploiter mais ont des coûts d’installation élevés, qui doivent être financés à l’avance. Fournir une base énergétique de haute qualité pour le développement de l’Afrique nécessite donc une approche globale du financement (Schwerhoff et Sy 2017). 

Pour que l’Afrique adopte une nouvelle approche de développement sobre en carbone, ses pays doivent mobiliser des financements publics, privés, multilatéraux et bilatéraux pour lever les fonds nécessaires aux projets d’énergie renouvelable.

Du côté public, les gouvernements africains peuvent générer des revenus importants en réduisant l’inefficacité causée par les subventions aux combustibles fossiles, qui profitent principalement au charbon et au pétrole. Ces subventions sont estimées à 5,6% du PIB de l’Afrique subsaharienne (Coady et al.2019). 

L’élimination progressive des subventions – tout en protégeant les personnes vulnérables – pourrait lever des fonds pour des projets d’énergie renouvelable. De plus, les gouvernements africains peuvent potentiellement mobiliser davantage de leurs ressources intérieures pour couvrir les coûts d’investissement initiaux des énergies renouvelables. Par exemple, avec un ratio impôts / PIB moyen d’environ 14% en 2017, les pays d’Afrique subsaharienne ont amplement la possibilité d’augmenter leurs recettes fiscales. 

L’utilisation de la taxation du carbone pourrait augmenter les recettes fiscales tout en réduisant les émissions de dioxyde de carbone des combustibles fossiles (FMI 2019).

Du côté du secteur privé, les pays africains doivent déployer des efforts substantiels pour attirer les investissements privés dans le secteur des énergies renouvelables. Les enquêtes ont identifié les risques liés à la gouvernance – bureaucratie complexe et réglementation en évolution – comme la plus grande menace pour l’investissement privé dans les projets d’énergie renouvelable en Afrique. 

Pour attirer des financements privés, il faudra améliorer la gouvernance afin de réduire les risques politiques. Réformer le secteur financier pour stimuler le marché naissant des obligations vertes et réduire le risque financier en en transférant une partie aux acteurs publics peut également aider à attirer les investissements privés.

Au niveau international, les institutions financières multilatérales jouent un rôle important en facilitant le financement à long terme pour soutenir l’investissement dans l’atténuation du changement climatique. En plus d’identifier d’autres sources de financement, ces institutions fournissent des conseils personnalisés sur le déploiement efficace du financement climatique.

L’Accord de Paris de 2015 est basé sur l’engagement des économies avancées à mobiliser l’équivalent de 0,12% du PIB mondial par an jusqu’en 2025 pour répondre aux besoins des économies en développement. Le respect de cet engagement financier faciliterait la transition vers une économie sobre en carbone à travers l’Afrique – le continent avec la plus faible contribution au réchauffement climatique. 

Seulement 4% environ des émissions mondiales de dioxyde de carbone liées à l’énergie en 2018 provenaient de cette région (AIE 2019), mais l’Afrique est la région la plus touchée par le changement climatique. Cette tournure du destin justifie certainement un soutien international accru au continent.

Auteur : GREGOR SCHWERHOFF est économiste au Département de macroéconomie, commerce et investissement de la Banque mondiale. MOUHAMADOU SY est économiste au Département des finances publiques du FMI.

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