Covid19 : Et si l’Afrique était le continent le plus résilient

Et c’est reparti. La sempiternelle ritournelle : les scénarios catastrophes annoncés pour l’Afrique.

Les prophètes de l’Apocalypse chevauchent sur leurs pronostics terrifiants. Des millions de morts déjà pour l’Afrique.

Les préjugés ont la vie dure. Considérer l’Afrique comme le parent pauvre de la communauté internationale par exemple. La qualifier de facto la plus vulnérable à l’épidémie.

Certes, l’inquiétude est réelle pour les quartiers populaires ou s’entassent des millions de personnes dans des habitats de fortune ou la promiscuité règne.

Cependant, l’Afrique s’est développée et continue à se développer. La croissance a sorti de la pauvreté des millions d’africains depuis vingt ans. Selon les estimations les plus récentes de la Banque mondiale, le pourcentage d’Africains pauvres a chuté de 56 % en 1990 à 43 % en 2012.

Cessons de considérer l’Afrique avec cette pitié dans le regard. Et cette approche misérabiliste.

Les pays africains et leurs dirigeants sont pleinement conscients de la catastrophe que représente une propagation à vaste échelle du virus. Faute des infrastructures sanitaires à la hauteur.

 »On observe que le danger est pris au sérieux par tout le monde, car les Africains ont encore en tête la période d’Ebola. Ils ne veulent plus revivre une telle hécatombe. Et si les directives sont claires, ils les suivront. » comme le déclare l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo dans une interview donnée au Point Afrique, en date du 21 mars 2020.

Comme le rappelle Fred Eboko, spécialiste depuis vingt ans des politiques publiques de santé en Afrique aussi  »Pourquoi le pire serait à venir sur le continent africain ? Je m’interroge. Cela revient à considérer, comme un certain nombre d’acteurs, que l’Afrique subsaharienne n’a absolument rien retenu de l’épidémie d’Ebola, ce qui n’est pas vrai. » (interview Le Point Afrique, 23 mars 2020)

Ils prennent des décisions radicales et rapides. Comme la fermeture des frontières ou le confinement des populations. Ils sont beaucoup plus réactifs que les pays européens.

Il faut saluer la célérité avec laquelle les dirigeants africains agissent et la sévérité des mesures prises. En sachant que c’est un coup terrible pour leurs économies qui prennent le chemin, à des rythmes variables selon les pays, d’une croissance soutenue, durable et inclusive.

Autre élément qui parle en faveur de l’Afrique : en février, il n’y avait que deux laboratoires pour tester convenablement le nouveau coronavirus pour toute l’Afrique : un au Sénégal à l’Institut Pasteur et un autre en Afrique du Sud. Un mois plus tard, et c’est l’OMS et l’Union africaine qui le disent, il y en a plus de quarante !

A cela faut ajouter une population extrêmement jeune qui peut représenter un rempart naturel contre la propagation. Selon la Banque Mondiale, dans près de 40 pays africains, plus de la moitié de la population a moins de 20 ans.

Autre preuve de cette réactivité des dirigeants : les ministres des Finances de plusieurs pays africains, réunis en téléconférence, ont appelé vendredi 20 mars à un plan de relance de 100 milliards de dollars et à une suspension des paiements du service de la dette pour aider le continent à faire face aux impacts sociaux et économiques de la pandémie.

Bien sur, les économies africaines, comme toutes économies, seront frappées au cœur avec  le « déclin dramatique des exportations, l’interruption des chaînes (de ravitaillement) international et la raréfaction des voyages et du tourisme »  s’est alarmé le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed.

Il ne s’agit pas de minimiser ou nier une catastrophe économique avec ses répercussions sociales dramatiques. Mais de faire preuve d’une approche plus raisonnée et tracer un tableau au plus près des réalités. Sans exagérer de façon outrancière et créer un effet de panique aux conséquences encore plus dévastatrices. 

Toujours selon Fred Eboko  » la catastrophe qu’on annonce pour l’Afrique ne me semble pas si évidente que ça. »

De la décence et du respect. Merci.

Car qui a mis trois semaines avant de fermer ses frontières alors que le virus se propageait en Chine ?

Qui manque cruellement de masques pour son personnel soignant et la police par exemple ?

Qui fait preuve de confusion sur le choix à faire de l’usage ou non de  la chloroquine ?

Merci de faire preuve davantage d’humilité avant de nous prédire le pire pour l’Afrique.

Que l’Europe et le monde Occidental balaient devant leurs portes. Et ensuite on en reparle. Entre adultes.

PS : Je vous recommande la lecture de cette interview : https://bit.ly/3duHKKf

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