Namibie, les enjeux économiques de l’élection présidentielle

Le 27 novembre prochain se tiennent les élections présidentielles et générales (renouvellement du parlement) en Namibie qui a obtenu son indépendance en 1990. Ce qui en fait un des plus jeunes pays du continent africain.

Les élections seront les deuxièmes sur le continent africain à utiliser le vote électronique. On compte 11 candidats en lice.

Même si le résultat du scrutin ne laisse guère de place au suspens. Car la particularité de la Namibie est d’avoir une ethnie majoritaire, les Ovambos, qui vote comme un seul homme pour le parti de la SWAPO, le parti qui gère le pays depuis trente ans et à l’origine de la lutte pour l’avènement de l’indépendance.

Donc mathématiquement parlant, le candidat de la SWAPO est assuré d’être élu le prochain président. Comme depuis l’organisation des premières élections en 1990.

Une configuration ethnique propre à la Namibie qui lui a permis jusqu’à présent de bénéficier d’une forte stabilité politique.

Cependant, face à la crise économique qui perdure, les frustrations montent parmi la population. La pression populaire monte. Et se fait davantage sentir sur les candidats. Pressés de trouver des solutions pour enrayer, par exemple, le chômage qui frappe un jeune de moins de 34 ans sur deux.

Le président se retrouve face à un candidat issu de la Swapo, le docteur Itula, qui a décidé de défier le président sortant. Une situation inédite qui accentue la pression sur le président sortant. Un candidat qui capitalise sur ce mécontentement et profite d’une rhétorique courageuse et davantage moderne. A suivre donc.

Les industries porteuses et à l’origine de la richesse de la Namibie

Les industries qui contribuent le plus à l’économie sont de loin les industries extractive, la pêche et l’agriculture.

L’exploitation minière a toujours joué un rôle central dans l’économie en tant que catalyseur des infrastructures, développement des industries et des services. Cette industrie est le principal contributeur au PIB (15%) et aux recettes d’exportation (+ 50%). Elle contribue aussi plus que tout autre secteur aux recettes fiscale par le biais des taxes et impôts des redevances, et à la cohésion de la société grâce à un investissement social important des entreprises.

Le secteur de la pêche contribue également de manière vitale à l’économie, notamment par la création de valeur ajoutée, ses activités de transformation et de fabrication, ses recettes d’exportation et création d’emplois. Le secteur est un bon exemple d’une amélioration de la gouvernance des ressources qui avaient été pillées par des flottes étrangères avant 1990.

Le secteur agricole, principalement l’élevage et la production végétale, représente également un pilier essentiel de la économie en terme de production locale, de recettes d’exportation et de contribution à l’emploi. L’agriculture de subsistance demeure une activité prépondérante dans les sociétés rurales, car elle procure un travail indépendant et des moyens d’existence durables aux femmes et à des communautés entières.

La dotation en ressources est toutefois inégale et limitée par les précipitations, la qualité du sol, le régime foncier et la disponibilité des installations d’irrigation.

L’environnement économique et social est en grande partie dépend en grande partie de la gestion des ressources naturelles, qui, dans le cas de la Namibie, est fortement tributaire de la bonne gouvernance..

Faits marquants sur les défis économiques

En octobre 2019, Fitch Ratings a abaissé l’indice de classement par défaut des émetteurs en devise étrangère à long terme de la Namibie, le faisant passer de «BB +» à «BB». Les perspectives économiques mitigées liées aux fortes inégalités et au chômage hypothèquent le plan du gouvernement visant à stabiliser sa dette en réduisant les dépenses, en particulier par les coûts salariaux élevés.

Fitch s’attend à ce que le PIB se contracte de 1,2% en 2019, puis se redresse lentement à mesure que la demande intérieure se relève même si l’mpact sera modéré sur l’activité économique.

Augmentation de la dette publique: La dette des administrations publiques continuera de progresser à moyen terme, sous l’effet d’une croissance faible et de la lenteur des progrès en matière de réformes budgétaires difficiles.

La dette dépassera 51% du PIB au cours de l’exercice 2021/2022 (exercice 2010/22, jusqu’à fin mars 2022), contre 45% à la fin de l’exercice 2014-2018. Sans oublier un endettement élevé des entreprises d’État (entreprises d’État) de 22,2% du PIB à la fin de l’exercice 2017/18. Ce qui constitue un passif important. Plusieurs petites entreprises d’État sont aux prises avec des problèmes financiers et certaines ont accumulé des arriérés.

Namibie, les enjeux économiques de l’élection présidentielle

Le déficit du compte courant a fortement diminué pour passer de 15,6% en 2016 à 1,8% du PIB en 2018, sous l’effet de la compression de la demande intérieure et de l’augmentation des capacités de production dans l’industrie extractive, principalement l’uranium.

Selon Fitch, le déficit courant s’élèvera à 3% du PIB en 2021, à mesure que la demande intérieure se rétablira et que les transferts de l’Union douanière de l’Afrique australe (SACU) diminueront. Fitch attend que le gouvernement maintienne le rattachement du dollar namibien au rand au niveau actuel dans un avenir proche.

La compétitivité de la Namibie

La Namibie occupe la 94e place au chapitre de la compétitivité internationale. Changement imputable aux améliorations apportées au système financier du pays, au dynamisme des entreprises et à l’information, l’adoption des communications et de la technologie, selon le rapport du Forum économique mondial.

La Namibie a marqué 54,5 sur le niveau de l’indice avec l’Egypte. Auparavant classé au 100ème rang sur la compétitivité mondiale, le pays avait battu le Rwanda, l’Iran, le Guatemala, la République kirghize et le Kenya, passant de six à 94.

En ce qui concerne l’indépendance judiciaire, la Namibie a obtenu 4,9 points sur 7 pour l’indépendance de la justice et s’est classée au 35e rang, tandis que, inversement, elle était classée au 45e rang mondial pour la transparence de son budget.

La Namibie se classe au 21ème rang mondial pour la liberté de la presse, 47 sur l’incidence de la corruption et 44 pour la protection de la propriété intellectuelle.

En ce qui concerne les compétences de la main-d’œuvre actuelle, la Namibie reste en retard sur les compétences numériques de la population active et sur la facilité de trouver des employés qualifiés, classé au-dessus de 100, alors que les compétences des diplômés, la qualité de la formation professionnelle et la reconversion du personnel se situaient en moyenne au rang 70.

Le crédit intérieur fourni au secteur privé en pourcentage du produit intérieur brut, place la Namibie au 49e rang dans le classement mondial.

Les financements disponibles pour les petites entreprises (PME) continuent toutefois de faire obstacle à la création de valeur significative, classant la Namibie à la 102ème position, même si l’esprit d’entreprise continue de croître, alors que l’appétit pour le risque augmente dans les entreprises innovantes.

Compilation des données par Hilja Uulenga, économiste à Economic Association of Namibia. Et co-rédaction de l’article. Merci à Hilja pour ce travail afin de mieux comprendre l’économie de la Namibie.

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